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Découvrez Yondr, la start-up qui veut enfermer votre smartphone

LD
Lilas
19 novembre 2018

Une start-up américaine veut nous aider à profiter du moment présent en nous aidant à déconnecter. Lentement mais sûrement, elle fait bouger les lignes du “tout le temps connecté”… Elle s’appelle Yondr.

En cette année 2018, le smartphone en prend un peu pour son grade. Des voix s’élèvent contre ses effets addictifs et des supposées séquelles dont il serait responsable chez les enfants et les adolescents. Des cadors de la Silicon Valley se sont exprimés pour dénoncer les mécanismes de design addictifs sur lesquels sont construits Facebook ou encore Instagram.

Conscients de faire partie du problème, Google et Apple ont annoncé des mesures pour aider à limiter le temps passé sur les smartphones en intégrant un outil de mesure du temps que l’utilisateur passe sur chaque application. Mais ne serait-il pas temps de proposer des solutions plus radicales ? C’est ce que Yondr, start-up californienne, a décidé d’entreprendre.

"Phone off, Fun On" tout est dit au Mc Donalds de Singapour
"Phone off, Fun On" tout est dit au Mc Donalds de Singapour

Lutter contre les distractions

Le smartphone est un attachant et utile objet (la majorité d’entre nous se demande souvent ce que l’on ferait sans lui) dont l’utilisation prolongée peut pourtant provoquer des effets indésirables, notamment sur la santé psychique. Il est notamment coupable de troubler notre concentration en permanence. C’est pour cela que le ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer les a bannis des écoles et collèges. Mais l’Éducation nationale n’est pas le premier rabat-joie à vouloir tenir le smartphone à distance. En 2015, l’artiste canadien Garnet Hertz a ainsi inventé un appareil appelé “Phonesafe”, sorte de coffre-fort conçu pour incarcérer les smartphones pendant une période déterminée. Hertz voulait faire de Phonesafe une provocation. Depuis, l’idée est devenue un produit.  En 2017, un McDonald’s de Singapour a installé des casiers où remiser son téléphone pendant le repas, avec pour objectif de promouvoir la “convivialité familiale” et la conversation en face à face. La même année, la startup américaine Yondr est née.

Le système Yondr - source: Le site officiel de la marque
Le système Yondr - source: Le site officiel de la marque

Outsider à succès

Yondr est établie à San Francisco et compte 17 employés. L’entreprise ne bénéficie du soutien financier d’aucun fonds d’investissement VC. Et pourtant, elle a le vent en poupe. Que propose-t-elle au juste ? Rien de moins que de totalement restreindre l’usage du smartphone. Celui-ci est placé dans une pochette en tissu qui se ferme par un verrou exclusif ne pouvant être ouvert qu’avec un gadget fourni par Yondr. Le concept a été très rapidement adopté par des artistes comme Alicia Keys, Childish Gambino et les Guns N’ Roses, et par des humoristes comme Dave Chappelle ou Florence Foresti. Pour ces artistes, Yondr est précieux car il leur permet d’éviter la fuite d’images sur YouTube, ou le fait que leur public passe plus de temps à prendre des photos pour Instagram qu’à les écouter.

Mais Yondr est aussi utilisé ailleurs, comme dans les hôpitaux et les centres de rééducation pour faire respecter les lois sur la protection de la vie privée dans le domaine de la santé, dans les centres d’appels pour protéger les renseignements sensibles des clients ou encore dans certaines églises et dans les salles d’audience pour freiner l’intimidation des témoins. Enfin, toujours aux États-Unis, comme le rapporte Wired, “ils sont utilisés dans plus de 600 écoles publiques à travers le pays pour forcer les enfants, enfin, à regarder le tableau et non leurs écrans. En bref, ce simple morceau de tissu n’a qu’un seul but : éliminer l’utilisation des smartphones dans les endroits où les responsables n’en veulent pas.”

 

Une solution radicale

Même si Yondr paraît la solution idéale pour garantir la concentration et le fait d’être dans l’instant présent, il s’agit encore d’une imposition autoritaire de contrôle. Or, on sait que la simple présence d’un smartphone sur le bureau où l’on travaille suffit à déconcentrer. Alors imaginez avoir la pochette verrouillée dans votre sac… Soyons clairs, cela ne vous empêchera pas d’y penser — même si oui, cela risque de régler le problème de fuites d’images des salles de spectacle et concerts. Ce que l’on peut reprocher à Yondr, c’est qu’elle donne donc l’avantage aux responsables mais pas aux utilisateurs.

Une fois encore, la Silicon Valley cherche une solution pour pallier nos faiblesses (en nous obligeant à verrouiller notre smartphone) et non pour nous rendre plus forts (en nous permettant de mieux gérer nos manques de concentration). Or, pour vraiment être présent au monde (ou profiter d’un spectacle de deux heures), il faut accepter de faire un effort conscient pour être attentif et concentré. C’est ce rappelle Marcel O’Gorman, professeur de théorie des médias, dans le journal américain The Atlantic. Il recommande de s’appuyer sur le DIY pour s’approprier le design d’appareils de déconnexion. Enfin, le succès de Yondr ouvre un autre débat : celui du droit à rester connecté. Et si les pochettes du type de celles de Yondr étaient un jour utilisées pour nous contraindre au silence ? Une perspective radicale et dystopique, que nous devons questionner dès maintenant.

Pour en savoir plus :
– L’article de Wired sur Yondr


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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