Simplifiez-vous l'innovation

#astuce
catégories

#astuce
partage

#astuce
liens internes

Competences-1080-1080

Les compétences que les robots ne nous piqueront pas

Philothée
Philothée
8 octobre 2018

Et si, pour ne pas se faire remplacer par les robots, il fallait se focaliser non pas sur un métier ou une compétence en particulier, mais sur nos qualités humaines ?

Le refrain commence à être connu : certains métiers sont très menacés par l’automatisation (surtout les métiers physiques, répétitifs et peu qualifiés, mais aussi l’analyse et le stockage de données, selon une étude de McKinsey de 2016), et d’autres devraient être assez épargnés (principalement ceux qui impliquent des interactions humaines importantes, comme dans les postes de management, l’éducation et la santé). Selon une étude du Conseil d’orientation pour l’emploi (COE) publiée en septembre 2017, moins de 10% des emplois sont “très exposés” aux mutations technologiques et risquent de disparaître.

En réalité, tous les corps de métiers devraient être touchés par la robotisation, même s’ils le seront dans des proportions variables. Un chirurgien pourrait être assisté, voire remplacé, par un robot, mais les aides-soignants et infirmiers qui interagissent tous les jours avec les patients le seraient plus difficilement.

Source : McKinsey

“Be more human”

Aujourd’hui, continuer à se concentrer sur les métiers ou les hard skills serait donc une erreur héritée de systèmes d’éducation très focalisés sur les connaissances, alors que le plus urgent est d’apprendre à cultiver des soft skills dont les intelligences artificielles et machines automatisées sont dénuées. Le rapport du COE estime ainsi que les Français auront besoin de développer des compétences numériques, certes, mais aussi “cognitives, sociales et situationnelles” : il faudra savoir travailler en équipe, être autonome, avoir une capacité d’apprendre à apprendre. Dans la Harvard Business Review, Adam J. Gustein, vice-président de PwC U.S. et John Sviokla, ancien professeur à la Harvard Business School, listent 7 compétences qui ne risquent pas d’être automatisées : la capacité à communiquer des idées et à faire du storytelling, la connaissance profonde de certains domaines, la compréhension ultra-fine du contexte dans lequel on opère, la compétence émotionnelle, la capacité à enseigner, le fait d’avoir de nombreuses connexions sociales, et enfin d’être doté d’un sens éthique et moral.

Dans Fast Company, Paul Roehrig, co-auteur du livre What To Do When Machines Do Everything: How to Get Ahead in a World of AI, Algorithms, Bots, and Big Data, résume : “Les compétences humaines sont de plus en plus importantes à une époque où la technologie est puissante et omniprésente. Cela peut sembler contre-intuitif, mais pour gagner face au robot, il faut être plus humain” (“to beat the bot, you need to be more human”). Pour le futuriste Martin Ford, auteur de Rise of the Robots: Technology and the Threat of a Jobless Future, ce sont en effets les activités créatives, celles qui impliquent de construire des relations complexes avec les gens (professeurs, infirmiers, commerciaux, entre autres) et les activités physiques imprévisibles (plombier, par exemple) qui ont le plus de chances de survivre dans les dix prochaines années. Mais, prévient-il, “il est très difficile de savoir ce qui se passera dans 20 ans.”

Connais-toi toi-même

C’est aussi le point de vue de l’historien Yuval Noah Harari : comme il l’explique dans son nouveau livre, 21 leçons pour le XXIe siècle, en cette période de changements ultra-rapides, “nous n’avons aucune idée de ce à quoi le monde et le marché du travail ressembleront en 2050” : il est donc impossible de savoir non seulement quels métiers existeront encore et lesquels auront été inventés, mais aussi quelles compétences seront nécessaires aux travailleurs. Ce qui implique des changements non négligeables dans notre approche de l’éducation : “la plupart de ce que les enfants apprennent aujourd’hui sera inutile en 2050”, assène-t-il. Pour Harari, apprendre aux enfants à coder est moins important que de leur apprendre à s’adapter. “De nombreux experts pédagogiques estiment que les écoles devraient enseigner ‘les quatre C’ : la pensée critique, la communication, la collaboration et la créativité. (…) Le plus important sera la capacité à gérer le changement, à apprendre de nouvelles choses et à préserver son équilibre mental dans des situations qui ne sont pas familières.”

Le COE dit à peu près la même chose dans son rapport de septembre dernier : “Le besoin d’adaptation en continu des compétences des individus sera central. Cela exigera aussi une compétence fondamentale pour tous les actifs : savoir s’adapter en apprenant tout au long de leur vie, et être aidés à le faire.” Il plaide donc pour la tenue d’un “Grenelle des compétences” pour améliorer le système d’orientation scolaire et professionnelle et adapter l’offre de formation à l’évolution du contexte technologique. Yuval Noah Harari, lui, a une approche plus intime, presque existentielle : apprendre aux individus à s’adapter dans un monde qui change constamment, c’est leur apprendre à se réinventer profondément. “Pour être à la hauteur du monde de 2050 (…), vous aurez besoin de vous réinventer encore et encore.” Et pour y parvenir, il faudra avant tout connaître et comprendre son propre système d’exploitation, savoir qui on est et ce qu’on attend de la vie. “C’est, bien sûr, le plus vieux conseil du monde : connais-toi toi-même.” 


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
Partager
Commentaires (0)
S’inscrire
à la newsletter